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Médecin traitant et mère de famille, est-ce compatible ?

Dès les résultats de l’internat obtenu, j’ai entendu divers conseils « Tu sais, si tu veux une vie de famille, tu as intérêt à choisir une spécialité plus tranquille, qui ne demande pas de gardes ; Pourquoi pas gynéco ? Ou dermato ? ».

Il est vrai que imaginant le médecin de famille qui travaille jusque 22h pour soigner ses malades, qui travaille le samedi, qui est disponible 24h/24 sur son téléphone pour répondre à toutes les demandes… Il y a de quoi se demander.

Médecin de famille et mère de famille ? IMPOSSIBLE me répète-t-on…

Après l’internat, je vois certains de mes collègues, qui préfèrent trouver un poste salarié, afin de bénéficier d’une tranquillité administrative et d’horaires plus en adéquation avec une vie de famille. Et je me suis posée la question…

Et pourtant, aujourd’hui je suis épanouie, tant dans ma vie professionnelle que familiale.

Mes perspectives ? Poser ma plaque ! Trouver maintenant une collaboration ou une installation, 2 à 3 jours par semaine, et avoir mes patients médecin traitant. Tout en expliquant dès le début mes règles de fonctionnement : je ne suis pas présente tout le temps au cabinet mais il y aura toujours un médecin présent sur place en cas d’urgence.

Et pourtant j’ai aujourd’hui 3 enfants. Qui sont scolarisés et que je peux voir grandir, profitant des sorties d’écoles 2 jours par semaine, et de certaines sorties de classes.

Et pourtant, je suis aujourd’hui des patients depuis maintenant 3 ans, dans un cabinet de médecine générale, avec qui une réciprocité et une véritable empathie se sont installées : je suis remplaçante à mi-temps dans un cabinet, 2 jours et demi par semaine. Cela me permet de connaître mes patients, de suivre au quotidien leur pathologie, et de suivre l’ensemble de la famille. Certaines personnes attendent mes jours de consultation pour me rencontrer spécifiquement moi. Sans être installée, je bénéficie de cet avantage d’être le médecin traitant. La règle retenue est très simple et largement comprise et acceptée par les patients : pour me voir moi en consultation, il faut attendre les 2 jours et demi où je travaille. En cas d’urgence, ils sont pris en charge au cabinet, par un autre médecin.

Encore la semaine dernière je rencontrais un médecin, ami, de 55 ans, me disant « Mais comment peux-tu avoir ta patientèle si tu travailles à mi-temps ? Tu ne peux pas répondre à leurs demandes.». Le concept lui semblait inconcevable, incompatible. Un médecin de campagne, qui est pour sa part irremplaçable.

Mes perspectives ? Poser ma plaque ! Trouver maintenant une collaboration ou une installation, 2 à 3 jours par semaine, et avoir mes patients médecin traitant. Tout en expliquant dès le début mes règles de fonctionnement : je ne suis pas présente tout le temps au cabinet mais il y aura toujours un médecin présent sur place en cas d’urgence.

Je pense que si l’on invite les gens à modifier leur vision du médecin de famille, s’ils peuvent intégrer que le médecin est également un humain qui a une vie personnelle, qui peut avoir à un moment de sa vie un congé maternité, ou une contrainte de mobilité, la médecine générale deviendrait bien plus attractive, et beaucoup moins de jeunes auraient peur de franchir le pas.

Pour rien au monde je ne changerais mon métier !

Docteur E.F.