Citation

« J’ai été collaboratrice… »

Et non je ne vais pas faire le récit d’un médecin désabusé qui a deplaqué pour fuir le système…

Je ne vais pas donner d’arguments à toutes ces voix qui s’élèvent pour dire que les jeunes n’ont plus la vocation et ne veulent plus s’installer…

Je ne vais pas rajouter une pierre au discours catastrophiste de nos aînés qui crient à qui veut bien l’entendre “déplaquez, fuyez. La sécu, l’URSSAF, la CARMF veulent votre peau…”

Donc après 3 mois à dire au revoir à mes patients et 2 ans de collaboration me voici de nouveau remplaçante alors que toutes mes amies de promo viennent de s’installer. Il y a comme un décalage !!!!

Thèsée en décembre 2013 (8 mois après la fin de mon internat) je me suis installée en tant que collaboratrice fin janvier 2014.  A la fin de mon internat, j’ai appelé un médecin pour un remplacement et là il me dit “je cherche surtout quelqu’un pour reprendrela collaboration que je quitte pour cause de déménagement”. Après avoir fait 6 mois de SASPAS je n’avais pas particulièrement envie de remplacer, de changer de cabinet… J’avais envie de poser mon stétho quelque part, d’être Médecin traitant, Médecin de famille. Des remplacements j’en avais fait suffisamment pendant mon année de dispo pour savoir ce que je voulais et ce que je ne voulais pas. Donc après s’être rencontré et avoir fait une semaine de rempla dans le cabinet, rencontré les patients et la secrétaire j’ai dit banco ! Un contrat de collaboration après tout c’est pas un engagement à vie…

Ce n’était pas le grand cabinet pluri-professionnel dont je rêvais mais c’était un endroit où je me sentais bien dans un cabinet organisé pour répondre à ma pratique et des patients, des familles qui ont vite appris à me connaître et à me faire confiance. J’y ai même accueilli un externe en stage sous leur regard bienveillant. Mais voilà ce cabinet en semi rural était à 45 min de Lyon et Jules rencontré 1 an avant mon installation travaille en région parisienne… Après avoir espéré des possibilités de travail pour lui à Lyon, il a fallu se rendre à l’évidence : trouver un poste dans la recherche ce n’est pas si simple… Donc j’ai posé mon préavis à ma collaboration pour déménager en région parisienne. C’est à ce moment là que le médecin dont j’étais collaboratrice entreprenait de rejoindre une quinzaine de professionnels dans un cabinet médical : une super opportunité et des perspectives de travail pluri-professionnelles qui font rêver.

Donc après 3 mois à dire au revoir à mes patients et 2 ans de collaboration me voici de nouveau remplaçante alors que toutes mes amies de promo viennent de s’installer. Il y a comme un décalage !!!!

Tout ça pour dire que OUI je suis heureuse d’être Médecin Généraliste, OUI je souhaite m’installer, OUI je ne sacrifierais pas ma vie de famille à mon exercice alors laissez-moi le temps de construire mon projet, encouragez-moi.

Je suis maintenant remplaçante dans une maison de santé. Avec ses 3 médecins il y en a toujours un qui a besoin de moi et pour diversifier mon activité je travaille également 2 jours par semaine pour une association qui organise des séjours médico-éducatifs pour des enfants ayant un diabète. Ainsi j’ai retrouvé un équilibre et garde la possibilité d’être mobile en fonction des opportunités professionnelles de Jules. Mais cette situation ne peut être que temporaire. J’aspire à m’installer de nouveau, pourquoi pas rejoindre l’équipe d’une maison de santé en construction pour pouvoir être au coeur de la construction d’un projet dans lequel je me sentirai bien. Alors quand j’entends dire que les jeunes ne s’installent pas ou que les jeunes devraient ne pas avoir le choix de leur lieu d’exercice je ne comprends pas. Ce n’est pas que je ne veux pas mais c’est que j’ai envie d’avoir le temps de construire une organisation de travail qui me corresponde dans un lieu de vie où mon compagnon trouva aussi à s’épanouir… Parce que dans 1 mois son contrat s’arrête et dans peu de temps il n’aura plus la possibilité de travailler en CDD dans la recherche publique. Il restera les CDI dans la fonction publique (très rares), le privé ou l’étranger… Tout ça pour dire que OUI je suis heureuse d’être Médecin Généraliste, OUI je souhaite m’installer, OUI je ne sacrifierais pas ma vie de famille à mon exercice alors laissez-moi le temps de construire mon projet, encouragez-moi.
Je suis peut-être naïve mais mes 2 ans de collaboration m’ont permis de me rendre compte de l’éxagération de certains discours : ce qui me pesait le plus ce n’était pas la paperasse (on fait beaucoup de chose entre midi et deux), ce qui me pesais le plus ce n’était pas la pression des institutions, ce qui me pesait le plus c’était de ne pas connaître les professionnels de santé et sociaux avec qui j’échangeais parfois au téléphone. Alors lors de mes prochaines installations je trouverai un moyen de minimiser cette frustration. Je dis “mes” et pas “ma” prochaine installation car je suis sûre que dans ma carrière de Médecin Généraliste il y aura plusieurs périodes d’installation. La mobilité est devenue la norme pourquoi en serait-il autrement pour les médecins ? J’ai été collaboratrice, je suis remplaçante et demain ?

Docteur C. B.

Une réflexion au sujet de « « J’ai été collaboratrice… » »

  1. COUTANT Daniel dit :

    Médecin généraliste retraité, je vous félicite pour cette initiative qui fait la place au débat et non à la défense de postures.
    Pour information, l’essai que j’ai co-écrit avec F. Tuffreau et publié aux presses de l’EHESP y contribue : « La médecine générale, une spécialité d’avenir – Des premières conventions médicales aux maisons de santé ». Dr Daniel Coutant

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