Citation

“Vous savez une ortie c’est comme une liane”

Je suis un jeune médecin généraliste de 36 ans installé depuis 1 an, dans ce qu’on pourrait appeler le trou du cul du monde. Village de 200 âmes, zone blanche, lorsqu’on évoque un iPhone, les villageois se demandent ce que c’est, et ils en sont encore au modem.

Autre paramètre non négligeable, je ne suis pas du crû, je suis antillais.

Alors pourquoi avoir choisi de m’installer en rural, dans un coin paumé à 70 km de chez moi ?

Ben parce que, je les aime bien mes patients, j’aime bien ce rapport particulier avec les patients, le fait de partager leur vie, d’être dans ce coin de France, qui a bercé mon enfance, et m’a fait choisir ce métier.

Alors tout n’est pas rose, l’aspect administratif, la comptabilité, etc… mais j’ai plein d’espoir pour la suite. Il faudrait un deuxième médecin, afin de diversifier l’activité au sein de la maison de santé. Une coordinatrice de cas complexe nous a rejoint, je vais être maître de stage, les IDE vont accueillir des stagiaires, bref pas mal de projets.

Attention, je ne suis pas un médecin à l’ancienne, comme mon prédécesseur 7h-23h tous les jours au cabinet, répondant à toutes les visites à domicile, jusqu’à 8 par jour des fois, car généraliste c’est un sacerdoce, un sacrifice !!!

Non, généraliste c’est un plaisir, avec ses contraintes mais quand même quand on a une vie équilibrée entre le travail et le perso, c’est plus facile de se lever le matin pour aller bosser !!

Je travaille donc, dans une maison de santé avec d’autres professionnels, 4 infirmières, une orthophoniste, une psychologue et un kinésithérapeute. On croise les doigts pour une sage-femme, car le suivi gynécologique est assez compliqué dans cette zone isolée.

J’ai des horaires adaptés à ma vie familiale, 2 enfants, 9h-18h30, un jour de repos par semaine, le mercredi parce que c’est la journée des enfants, et je travaille un samedi sur deux.

Alors oui, la transition n’a pas été simple, beaucoup de patient m’ont traité au choix de fainéant, ou de tire au flanc, je ne travaillais que 4 jours par semaine et en plus je fais des plages de rendez vous, pas de consultation libre. On ne m’a jamais autant parlé de l’Afrique, alors que je n’y suis jamais allé. Ma femme n’a jamais eu autant les oreilles qui sifflent, car elle profitait de ma situation, le mercredi, j’osais m’occuper de mes enfants, et rentrer tôt pour leur raconter une histoire.  J’ai eu  droit aussi des fois des explications particulières sur certaines pathologies.

“Docteur je crois que j’ai une abcès au niveau de la jambe”

“Qu’est-ce qui s’est passé ?” demandais-je

“Ben je nettoyais mon jardin et je me suis fait piquer par des orties… mais vous devez pas trop savoir ce que c’est les orties, ça n’existe pas chez vous, donc c’est un peu comme des lianes de votre pays, mais qui piquent”

Et j’ai plein d’anecdote de ce type, à l’occasion je vous les raconterai.

Attention, je ne suis pas un médecin à l’ancienne, comme mon prédécesseur 7h-23h tous les jours au cabinet, répondant à toutes les visites à domicile, jusqu’à 8 par jour des fois, car généraliste c’est un sacerdoce, un sacrifice.

Non, généraliste c’est un plaisir, avec ses contraintes mais quand même quand on a une vie équilibrée entre le travail et le perso, c’est plus facile de se lever le matin pour aller bosser !!

En plus je ne me déplaçais plus, enfin si pour les urgences. Pour tout ce qui était renouvellement de traitement, j’avais l’affront de leur dire de venir au cabinet. Eh oui quand on me demande de passer à 13h pour un renouvellement, parce qu’à 14h ils doivent partir faire leur course à 20 km, je ne me déplace pas.

La transition n’a pas été simple, mais grâce à l’équipe elle a été plus rapide. Car avant de m’installer, avec les infirmières nous avions écrit un projet de soins. “ QUOI UN PROJET DE SOINS ? “ réaction d’un de mes confrères. Oui un projet de soins, afin de définir sur des pathologies complexe sur mon secteur, la meilleure façon de les prendre en charge. A cela on a rajouté un projet professionnel, qui permettait de définir notre manière de travailler ensemble, ce qui a permis d’avoir auprès de nos patients le même discours, de limiter les visites à domicile, de favoriser les permanences au sein de la maison de santé.

Alors tout n’est pas rose, l’aspect administratif, la comptabilité, etc… mais j’ai plein d’espoir pour la suite. Il faudrait un deuxième médecin, afin de diversifier l’activité au sein de la maison de santé. Une coordinatrice de cas complexe nous a rejoint, je vais être maître de stage, les IDE vont accueillir des stagiaires, bref pas mal de projets.

Tout ça est pour le patient et un peu pour nous aussi. On dit souvent “Mens sana in corpore sano” un esprit sain dans un corps sain, je rajouterais “un patient bien pris en charge dans une équipe de soins primaires et organisés” et je n’ai pas la traduction en latin, mes cours datent de très longtemps.

Docteur J.D.