Mes chers patients je pars…

La vie est faite de choix et je fais celui de ma vie privée. En effet je pars vivre pour un temps à l’étranger… Après tout, il y a des gens à soigner partout et notre métier nous permet de l’exercer partout en Europe (vive l’Union Européenne). Il est des métiers où il n’est parfois pas très facile de trouver du travail alors on va là où il y en a.

Donc je suis passée du statut de collaboratrice à celui de remplaçante fixe (dans  une super maison de santé) à celui de remplaçante intermittente… Parce que oui je ne vais pas arrêter d’exercer comme ça du jour au lendemain alors le temps de faire traduire le diplôme, de maîtriser suffisamment toutes les subtilités de la langue, je vais rentrer en France faire des remplacements.

C’est un projet qui m’enchante mais pourtant j’ai la boule au ventre. La boule au ventre de laisser ces tout petits enfants qui grandissent si vite au fil des visites mensuelles, qui ne pleurent même pas quand on fait des vaccins, pas grâce au patch (je n’en mets pas) mais grâce à la maman en confiance qui rassure son enfant et peut-être aussi un peu grâce à la chanson du petit escargot….

La boule au ventre de laisser ces adultes dans la force de l’âge qui viennent confier leurs inquiétudes, leurs angoisses et qui repartent avec les ressources qu’ils avaient en eux pour aller mieux…

La boule au ventre de laisser ces petits vieux souriants, qui viennent chercher leur ordonnance pour les 3 mois à venir et qui viennent surtout raconter les derniers épisodes de leurs petits enfants…

Et même la boule au ventre de laisser tous ces patients qui viennent parce qu’ils ont le nez qui coule mais pas de fièvre (enfin ils ne l’ont pas prise), un peu mal à la gorge (mais ça va mieux)… Mais qui viennent quand même parce que bon ça fait une semaine et repartent avec du paracétamol (pour la douleur et s’il y a un peu de fièvre) et PAS de sirop pour la toux et la consigne de revenir bien sûr si par hasard (et c’est rare) ils devaient avoir 2 à 3 jours de fièvre… (entre temps évidemment ils seront allés acheter un thermomètre).

Deux départs en un an et toujours autant de bienveillance des patients face à mes projets de vie. J’ai bien sûr eu le droit à “Vous allez nous manquer docteur…”. J’ai de la chance. Une amie qui change de région a eu plusieurs fois le droit à des remarques type : “Mais quand on veut se marier on ne fait pas médecine” !!!! Que répondre à ça et comment donner envie d’exercer !!!

Ce sont en premier lieu les patients que l’on rencontre qui nous donnent envie d’exercer, de poursuivre : j’ai eu de la chance de rencontrer les miens. Parce que quand je vois les commentaires de certains relatifs à l’augmentation de la consultation à 25 euros j’ai pleuré de voir tant de haine envers nous, une telle image négative.

Alors à tous les patients que j’ai croisés qui m’ont fait penser chaque jour que oui c’est vraiment ce métier que je veux faire, que c’est dans un cabinet auprès d’eux que je suis bien je dis merci…

Les autres :

Les râleurs : “Quoi ? Je paye et vous ne me donnez que du paracétamol ?”

Ceux qui me prennent pour une épicière “et avec ça vous me mettrez un peu de dexeryl” ; “Je viens pour avoir une ordonnance de paracétamol, vous comprenez avec une ordonnance je paie pas”

Le mal élevé au téléphone en consultation : “oui allo, ah là je suis chez le docteur, qu’est-ce qui t’arrive…”

Ceux là je vais les oublier ils ne sont pas si nombreux, ils marquent… J’espère qu’ils seront de moins en moins nombreux. C’est aussi de la responsabilité des patients de prendre soin des médecins…

En attendant je vais aller voir ailleurs comment on soigne les gens en espérant un accueil plus chaleureux que celui qu’on fait en France à ces médecins au rabais qui ne parlent pas français et revenir avec l’envie j’en suis sûre de poursuivre la défense de notre métier et de notre système de santé qui est j’en suis sûre pas si mal que ça (moyennant quelques améliorations bien sûr !)

C.B.

2 réflexions au sujet de « Mes chers patients je pars… »

  1. Soso dit :

    J’ai l’impression de revenir 3 ans en arrière, avant mon expatriation. J’ai appris dans mon 1er métier (urgences pré hospitalières pendant 20 ans) que nous ne sommes qu’un passage /+/- heureux dans la vie de nos patients, et que les indispensables il y en a plein les cimetières, et que ceux qui comptent sont les gens qu’on aime…
    Tes sentiments honorent ton humanité, sois en fière, pleure 1 peu, et avance!
    Il faut du courage pour partir.
    Je n’ai aucun regret après 3 ans…
    Bonne et belle chance

  2. Mickey dit :

    Parti depuis 18 mois, et je ne regrette pas la mentalité de certains qui gâchent le métier.
    Je me sens plus heureux maintenant, et je m’excuse pour les patients, mais je ne rentrerai pas.

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