Après 9 mois d’installation, j’ai accouché d’une belle motivation à continuer!

Et oui, voilà l’heure du premier bilan. Je suis et je reste une jeune installée en zone semi-rurale et je suis heureuse de faire mon métier !!! Un miracle ??? NON, une réalité !

Il y a 9 mois, je pestais contre toutes les personnes qui affirmaient haut et fort que les jeunes médecins généralistes ne s’installaient plus.

Faisons un bilan point par point.

La façon de faire est certes très formelle mais je n’ai pas la plume d’un écrivain.

  1. L’exercice du métier
    1. Les consultations

Mon installation était une création car le cabinet où je me suis installée a ouvert un cinquième bureau de consultation en complément de 4 médecins généralistes déjà présents (installés depuis plus de 30 ans !!). Mon emploi du temps a été très vite plein, mes collègues affirment avoir « soufflé » 5 à 6 semaines… Depuis le mois d’avril, nos 5 plannings sont pleins. J’ai effectivement trouvé mon « rythme de croisière » rapidement (25 consultations et 3 visites par jour environ, de 9 h à 20 h), les patients m’ont bien identifiée en tant que nouvelle installée et non comme la remplaçante à demeure bien que j’aie remplacé dans ce cabinet pendant 6 ans.

Etant la seule femme du cabinet, j’assure le suivi gynécologique de la plupart des femmes suivies dans la MSP, même si je ne suis pas leur médecin traitant.

  1. Les visites

Je fais des visites tous les midis entre 13 h et 15 h. Des patients de la maison de retraite de la commune voisine ont demandé à changer de médecin traitant, les nouveaux arrivants ont été dirigés vers moi par l’équipe soignante. Dans les deux foyers logement pour personnes âgés du secteur, j’interviens aussi beaucoup. J’ai pris la responsabilité du suivi de médecine générale d’un foyer d’adultes handicapés à une dizaine de kilomètres du cabinet. J’ai dû dire non à un deuxième en demande. Les visites « que les jeunes médecins ne veulent plus faire » sont pour moi une bouffée d’oxygène au milieu de ma journée, potentiellement ma seule possibilité de voir le soleil, l’hiver arrivant. Littéralement !

Voir les patients, souvent les plus âgés ou/et les plus malades, dans leur cadre de vie est à mon sens un des privilèges de la médecine générale. J’y tiens !

  1. La paperasse

Je lis mes courriers à la fin de mes consultations du matin (entre zéro et quinze) et je consulte les biologies directement sur la messagerie sécurisée. Cela me prend une vingtaine de minutes.

Je fais toutes mes demandes de prise en charge ALD via l’Espace Pro (simplification des demandes en ligne très très appréciable) et directement en consultations. Il est important à mon sens que les patients nous voient faire ces démarches, idem pour les dossiers MDPH, assurances, etc.

Je fais ma compta journalière en fin de journée, 10 minutes max !!! Une fois par mois, je vérifie mes tiers payant car j’en fais énormément (ALD, maternité pour les femmes enceintes et les examens systématiques des enfants de moins de 2 ans, les AT, CMU, ACS, AMO et exceptionnellement AMC hors ACS) : une heure. Pour l’heure, rien à signaler sur le retour de paiement sur la part AMO.

J’ai choisi « le confort » d’un comptable sur la comptabilité et la fiscalité professionnelle. Même si je n’ai pas encore apprécié cet « investissement » en période fiscale, j’en apprécie déjà le confort… Et 100 euros par mois, ce n’est pas cher payé.

  1. Les relations avec les institutions

J’ai signé un contrat PTMG auprès de l’ARS. Suivi simple par email et compensation financière versée en 60 jours afin de me garantir un revenu minimum de 6 900 €s brut par mois. Appréciable pour compenser une formation non indemnisée ou des vacances (3 semaines !!!)  bien méritées au bout de 7 mois d’installation.

J’ai souscris à l’Option Démographie auprès de la CPAM car j’exerce en zone déficitaire. Je ne sais pas encore à combien s’élèvera le complément de rémunération. Idem pour la ROSP ! Privilège de la première année d’installation. SUSPENS !

L’Ordre départemental n’avait pas l’air de maitriser le contrat de collaboration, ni les entretiens de pré-installation… Déplorable en 3 minutes top chrono ! …

Le petit problème de lecture des contrats de remplacement lors de ma première absence a été réglé en 2 mails « relativement toniques ». Je remercie grandement ReAGJIR pour cela, car mon adhésion à un syndicat m’a permis de « maitriser » les différents modes d’installation, les différents contrats grâce aux guides en ligne ET aux contacts locaux joignables par mails et lors des soirées de formation.

  1. Les relations avec mes confrères libéraux.

Très vite certains spécialistes sont devenus des référents pour moi au téléphone même si je ne les pas forcement rencontrés « en vrai ». Les radiologues les plus proches du cabinet, les cardiologues à 17 km, une ORL présente dans un hôpital local à 12 km.

Les équipes de soins primaires du secteur (IDE, médecins du labo, pharmaciens, psychologues, médecins généralistes, pédicure-podologue, sophrologue, kinés) sont à portée d’ondes téléphoniques au quotidien, particulièrement les 2 infirmiers libéraux de la MSP. Je les ai tous rencontrés lors d’un pot d’accueil organisé au cabinet. Je leur envoie volontairement des patients selon leurs spécificités. La notion d’équipe de soins primaires prend racine et j’attends beaucoup de la création à venir du pôle de santé sur la commune, à l’horizon 2018.

  1. Les relations avec mes confrères hospitaliers

A part les cardiologues ayant un pied en libéral et l’autre dans des structures hospitalières : UNIQUEMENT PAR COURRIER… quand il y en a… Dommage…

J’aimerai recevoir de temps en temps un coup de fil lors des hospitalisations et/ou des sorties d’hospitalisations et entendre mes confrères me poser les questions sur la vie de mes patients, sur mes possibilités de les prendre en charge lors de leur retour à domicile en soins conventionnels ou même en soins palliatifs. Cette démarche me semble essentielle et me laisse sur ma faim.

  1. Ma façon de voir mon métier

AGREABLEMENT SURPRISE. Même si j’ai frôlé « la surchauffe » en septembre au bout de 7 mois sans arrêt. Il m’a fallu ce temps pour installer une relation équitable avec mes patients très en demande, mon désir de bien faire mon métier et la nécessité de préserver ma vie privée face aux multiples sollicitations. Vouloir tout faire est honorable mais non réaliste.

Attachée à la notion de « médecin traitant », de « médecin de famille » qui selon beaucoup a tendance à disparaitre, je me rends compte au bout de quelques mois que cette perception est toujours d’actualité. Beaucoup de patients ont voulu que je soigne toute la famille sur 3 à 4 générations et m’ont laissée entrer dans leur intimité. Exercer en territoire semi-rural « fragile démographiquement » a surement aidé à cela. Je suis les enfants, les futures-mamans et mères, leurs conjoints, les grands parents voire arrière-grands parents.

Il faut le dire, cette considération est très valorisante, très agréable. En tant que remplaçante dans ce cabinet, j’étais appréciée mais je n’avais pas encore ce statut de référence. UNE RESPONSABILITE ENORME.

Par contre, je me trouve détestablement « non représentée » au niveau des têtes d’affiches nationales soi-disant « représentatives », en cette année de négociations conventionnelles particulièrement. Mon métier se vit certes dans les yeux de mes patients mais aussi à une échelle plus large du peuple français. La communication de la profession est assurée par les 4-5 syndicats historiques mais à mon avis l’essentiel n’était pas de savoir si ma consultation vaut 23 ou 25 €, mais de savoir quelle médecine nous aurons en France d’ici 5, 10, 20 ans. Comment rendre son attractivité à une filière ? Comment lui donner une vraie dimension universitaire ? Comment former les futurs médecins ? Comment sécuriser l’exercice des professionnels en place ? Comment améliorer la couverture sociale des médecins ? 90 jours de carence, jamais on en parle ? Comment intégrer les nouveaux modes d’exercice ? Le salariat ? Les centres de santé ? La mobilité nécessaire des professionnels ?

Ne soyons pas hypocrites, je n’ai rien contre l’idée de gagner plus d’argent mais ce n’est pas seulement avec 2 € de plus que je saurai avec qui et comment je travaillerai dans 5 ans, une fois que mes 4 confrères auront pris leurs retraites bien méritées.

CONCLUSION : Ravie de faire le métier que je fais et que j’ai choisi. J’encourage tous ceux qui VEULENT faire ce métier à se lancer dans l’aventure.

V.F.

Une réflexion au sujet de « Après 9 mois d’installation, j’ai accouché d’une belle motivation à continuer! »

  1. felix dit :

    Votre blog est génial. Je suis actuellement externe en 6ème année et vais bientôt passer l’ECN et j’aspire tout comme vous devenir médecin généraliste en semi rural. Continuez s’il vous plait de partager cette expérience. Et à très bientôt qui sait!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *