Why Doc | Et si on parlait médecine, simplement ?

Je sais pas vous, mais moi j’aime bien expliquer à mes patients comment fonctionnent leur corps et les maladies.
Le top c’est de faire de l’éducation thérapeutique mais on n’a pas toujours le temps. Alors parfois ça se résume à une métaphore ou à un petit schéma, ça met un peu de pep’s dans la consultation.
Bon, c’est vrai, pas avec tous les patients. Certains préfèrent suivre religieusement ce qu’on leur dit sans en connaitre les raisons. Pourquoi pas, on ne peut pas forcer les gens à s’intéresser.
Mais de nos jours, la plupart des patients sont curieux. Ils utilisent les médias, Internet en tête, pour s’informer sur leur santé.

Des informations à portée de clic
Les patient googelisent, les patient doctissimotent ! Les patients sont des e-patients !
Ah oui ça peut faire peur un patient qui cherche des informations seul. On ne sait pas sur quoi il va tomber. Internet abrite son lot d’imbéciles et d’escrocs.
Au début, quand un patient me disait « docteur, j’ai vu sur internet que … », ça me faisait grincer des dents (une sorte de e-bruxisme…)
Mais j’ai eu des bonnes surprises :
– « Il faudra surtout bien lui laver le nez. Vous savez faire?
– Oui j’ai appris sur internet »
(effectivement elle savait bien le faire)
– « Vous avez une rhinopharyngite
– Ah oui j’ai lu un article. La rhinopharyngite c’est viral, donc faut pas d’antibiotiques »
(alleluia)
– « Comment ça se passe avec votre diabète ?
– J’ai trouvé plein de recettes pour mieux manger »
(il a perdu 10 kilos en 1 an et n’a presque plus besoin de traitement)
– « Qu’est ce qui vous amène ?
– J’ai vu un article sur les mélanomes et j’aimerais bien que vous regardiez ce grain de beauté »
(effectivement c’était un mélanome)
Finalement c’est très intéressant de discuter avec ces e-patients. On est plus dans la coopération que dans le conflit.
Les hypochondriaques ont pu évoluer en cyberchondriaques, mais heureusement ils restent minoritaires.

Prolonger la consultation avec internet
En consultation, j’ai parfois l’impression que je donne trop d’informations. Pour laisser au patient le temps de respirer, ça m’arrive de lui conseiller un site où il pourra reprendre ce
que je lui ai dit à tête reposée : ameli.fr , choisirsacontraception.fr , sante.fr, …
Si le patient le souhaite, il s’informe et on reprend la discussion la fois suivante. C’est une manière de faire un trait d’union entre deux consultations. J’aime bien faire ça mais je ne trouve pas toujours de site fiable + pédagogique + indépendant (oui, je suis exigeant).
En parallèle de ça, j’ai découvert les « vulgarisateurs » sur Youtube. Des personnes qui parlent d’histoire, de physique quantique ou de mathématiques d’une manière vraiment intéressante. On trouve des vidéos de quelques minutes pour aborder des sujets complexes avec des mots simples. C’est un peu l’évolution de « C’est pas sorcier » ou « Les découvreurs ».
J’ai regardé s’il y avait la même chose pour la médecine mais je n’ai rien trouvé qui meplaisait (même si ça c’est un peu developpé depuis). L’idée de faire mes propres vidéos d’information médicale a germé petit à petit et j’ai finalement cédé à la tentation.

DIY (Dot It Yourself)
Pour commencer j’ai choisi un sujet pas toujours simple à comprendre : l’embolie pulmonaire.
J’ai refait un peu de biblio pour me rappeler les bases, et surtout, j’ai consulté d’autres sources beaucoup moins formelles comme wikipédia, doctissimo et les forums de patients.
Je voulais voir à quelles infos les patients avaient déjà accès, et les questions qu’ils se posaient.
Pour la partie technique j’ai du apprendre à faire un éclairage correct, à me servir d’un logiciel de montage, et à gérer une chaine youtube. Bah oui, quitte à se donner du mal, autant que ça serve aux autres alors mettons ça sur Youtube. J’ai appelé ça « WhyDoc ».
De fil en aiguille j’ai réussi à réaliser une vidéo d’une dizaine de minutes. Le rendu n’avait pas la qualité d’un film de cinéma mais ça restait très correct.
La vidéo a été très bien reçue par le public médecin et « non médecin ». Encouragé, j’ai eu envie de continuer. J’ai amélioré ma technique et c’est devenu mon passe-temps.
J’ai réussi à faire une dizaine de vidéos sur des thèmes variés : l’épilepsie, le lumbago et la sciatique, la gale, l’hypertension, l’automesure, les vers, les testicules, le canal carpien, le mélanome et enfin les vaccins. Ja garde toujours la même méthode de travail en croisant les sources universitaires et les sources populaires. J’ai commencé il y a un an et j’ai encore un tas d’idées pour continuer WhyDoc !
Au passage, j’ai été lauréat du prix Alexandre Varney lors du congrès de l’ISNAR-IMG en janvier dernier pour ce « travail original en médecine générale ».
Dernièrement, Francis Abramovici (le rédacteur en chef de la revue Médecine) s’est montré intéressé par la vidéo sur les vaccins.
Mon hobby m’aide dans mon travail et semble plaire à mes patients et à mes confrères. Peut-être que ça vous sera utile à vous aussi : https://www.youtube.com/c/Whydoc
Corentin Lacroix

Bibliographie d’intérêt :
Méadel C, Akrich M. Internet, tiers nébuleux de la relation patient-médecin. Trib
Santé. 2010;29(4):41. Available from : https://www.cairn.info/revue-les-tribunes-de-lasante-
2010-4-page-41.htm
Romeyer H. TIC et santé : entre information médicale et information de santé. Tic
Société. 2008;2(1):27–44. Available from : https://ticetsociete.revues.org/365
Conseil National de l’Ordre des Médecins. Les conséquences des usages
d’internet sur les relations patients-médecins [Internet]. 2010. Available from : https://
w w w . c o n s e i l – n a t i o n a l . m e d e c i n . f r / s i t e s / d e f a u l t / f i l e s /
sondage%20internet%20CNOM%202010_0.pdf

Une réflexion au sujet de « Why Doc | Et si on parlait médecine, simplement ? »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *